J’ai déjà parlé des études qui de plus en plus soutiennent le fait que les problèmes au niveau cervical sont liés aux céphalées et maux de tête et qui pourraient même être à l’origine de ces céphalées.
Une de ces études est l’étude dont je vais parler ici, publiée en 2017, dans le journal médical « Cephalalgia », le journal officiel de « International Headache Society ».
Lien entre les maux de tête chroniques et le muscle rectus capitis posterior minor : comprendre l’origine cervicale des céphalées
Introduction : une nouvelle compréhension des maux de tête
Les maux de tête chroniques touchent les personnes qui souffrent de céphalées au moins 15 jours par mois pendant une période minimale de 3 mois. Pendant longtemps, l’origine de ces douleurs est restée mystérieuse pour de nombreux patients et professionnels de santé.
Depuis quelques années, les chercheurs ont découvert une piste fascinante pour expliquer l’origine de certaines céphalées : le pont myodural, une structure anatomique découverte en 1995 par l’équipe de Hack. Cette connexion tissulaire unique entre un petit muscle de la nuque et les enveloppes protectrices du système nerveux pourrait être la clé pour comprendre pourquoi tant de personnes souffrent de maux de tête d’origine cervicale.
Objectif et méthodologie de l’étude
L’étude menée par Yuan et son équipe visait à démontrer le lien entre les modifications du muscle rectus capitis posterior minor (RCPmi) et l’apparition des maux de tête chroniques. Les chercheurs ont analysé 235 images IRM : un groupe témoin de 120 personnes en bonne santé (45 hommes et 75 femmes, âge moyen de 42,5 ans) et un groupe de 115 patients souffrant de céphalées chroniques (45 hommes et 70 femmes, âge moyen de 43,6 ans).
Cette approche objective a permis de révéler des différences anatomiques significatives entre les personnes souffrant de maux de tête et celles en bonne santé.
Le muscle RCPmi : la connexion cerveau-nuque
Le RCPmi est un petit muscle profond situé à l’arrière du cou, dans la région sous-occipitale, juste à la base du crâne. Ce muscle possède une caractéristique anatomique unique : il est directement relié à la dure-mère cervicale (l’enveloppe protectrice de la moelle épinière) par un pont de tissu conjonctif dense appelé pont myodural.
Le complexe du pont myodural est constitué des fibres du pont myodural, des muscles sous-occipitaux profonds, du ligament nuchal et du ligament vertébro-dural. Cette connexion anatomique directe crée un lien mécanique entre les muscles cervicaux et les structures sensibles à la douleur qui entourent le cerveau et la moelle épinière.
Cette particularité anatomique signifie que tout problème affectant le RCPmi peut avoir des répercussions directes sur la dure-mère, expliquant ainsi comment les troubles cervicaux peuvent générer des maux de tête.
Une preuve de l’origine cervicale des céphalées et maux de tête
Les résultats de l’étude ont révélé des découvertes majeures. Le groupe souffrant de céphalées chroniques présentait une hypertrophie (augmentation de volume) beaucoup plus marquée du muscle RCPmi que le groupe témoin, aussi bien chez les hommes que chez les femmes.
Cette différence hautement significative démontre un lien clair entre les modifications du muscle cervical et la présence de maux de tête chroniques. Les personnes souffrant de céphalées ont systématiquement un muscle RCPmi plus volumineux, suggérant fortement que ces changements musculaires au niveau cervical jouent un rôle causal dans l’apparition des douleurs.
Comment la colonne cervicale provoque des maux de tête ?
Premier mécanisme : la transmission mécanique de la tension
La contraction du muscle RCPmi lors des mouvements de la tête entraîne une tension des fibres du pont myodural, qui transmet ensuite cette force à la dure-mère sensible à la douleur. Lorsque le muscle est hypertrophié, cette tension devient excessive et stimule constamment les récepteurs de la douleur situés dans la dure-mère.
Ce mécanisme explique pourquoi les personnes souffrant de céphalées d’origine cervicale ressentent souvent une aggravation de leurs douleurs lors de certains mouvements de la tête ou après avoir maintenu une position prolongée. Chaque contraction du muscle hypertrophié tire sur la dure-mère, générant des signaux douloureux perçus comme des maux de tête.
La position de la tête et du cou influence donc directement l’intensité de la traction exercée sur la dure-mère. Une posture inadéquate, particulièrement fréquente chez les personnes travaillant sur ordinateur ou utilisant intensivement leur téléphone portable, peut aggraver cette tension musculaire chronique et intensifier les céphalées.
NDLR : Et comme je l’ai notifié plusieurs fois sur le site et le blog; et il existe des études qui montrent ce lien; presque tous les patients qui consultent pour des céphalées, et même migraine, ont une raideur cervicale, c’est-à-dire une perte de la courbe cervicale, visible sur les radios et IRM !
Deuxième mécanisme : la perturbation de la circulation du liquide céphalorachidien
L’hypertrophie du RCPmi affecte la circulation normale du liquide céphalorachidien (LCR), ce qui provoque des céphalées chroniques. Le liquide céphalorachidien circule autour du cerveau et de la moelle épinière, assurant leur protection mécanique et leur nutrition.
Des études expérimentales sur des modèles animaux ont démontré que l’hypertrophie des muscles sous-occipitaux entraînait une augmentation significative de la pression intracrânienne. Cette augmentation de pression représente un mécanisme direct par lequel les problèmes cervicaux causent des maux de tête.
Le muscle RCPmi hypertrophié peut comprimer les structures adjacentes et modifier la dynamique du LCR au niveau de la jonction cranio-cervicale. Cette zone représente un point critique où le cerveau rencontre la moelle épinière, et toute perturbation mécanique à ce niveau peut avoir des conséquences importantes.
L’accumulation ou la stagnation du LCR qui en résulte provoque une augmentation de la pression à l’intérieur du crâne. Cette élévation de la pression intracrânienne stimule les récepteurs sensibles à la douleur et déclenche les céphalées caractéristiques des problèmes cervicaux.
Troisième mécanisme : la stimulation directe des récepteurs de la douleur
La dure-mère contient une densité importante de récepteurs nociceptifs, des terminaisons nerveuses spécialisées dans la détection de la douleur. La traction mécanique exercée par le complexe du pont myodural provoque des mouvements de la dure-mère au niveau de la jonction cranio-cervicale.
Ces mouvements répétés et la tension chronique activent directement ces récepteurs de la douleur. Le cerveau interprète ensuite ces signaux comme des maux de tête, même si l’origine du problème se situe au niveau cervical. Ce phénomène explique pourquoi les patients peuvent ressentir des douleurs frontales, temporales ou diffuses alors que la source réelle se trouve à la base du crâne.
La sensibilisation progressive de ces récepteurs peut également expliquer pourquoi les maux de tête deviennent chroniques. Avec le temps, des stimulations même minimes du RCPmi peuvent déclencher des douleurs intenses, car les voies nerveuses de la douleur deviennent hypersensibles.
La chaîne causale : du problème cervical au mal de tête
Pour bien comprendre comment les troubles cervicaux causent des maux de tête, visualisons la séquence d’événements. Une mauvaise posture, un traumatisme, un stress musculaire ou des mouvements répétitifs provoquent une contraction excessive du muscle RCPmi. Le muscle réagit en s’hypertrophiant, augmentant progressivement de volume.
Le muscle RCPmi hypertrophié exerce alors une traction constante sur le pont myodural. Chaque mouvement de la tête amplifie cette traction, transmettant des forces mécaniques à l’enveloppe sensible du système nerveux.
La tension sur la dure-mère perturbe simultanément la circulation du liquide céphalorachidien, augmente la pression intracrânienne et active les récepteurs de la douleur. Ces trois phénomènes se renforcent mutuellement.
Le cerveau reçoit les signaux de douleur provenant de la dure-mère et les interprète comme un mal de tête. La douleur peut être ressentie à l’arrière de la tête, sur les côtés, au front ou de manière diffuse, selon les voies nerveuses activées.
Sans traitement du problème cervical sous-jacent, le cycle se perpétue. Le muscle reste hypertrophié, la tension persiste, et les voies de la douleur deviennent de plus en plus sensibles, transformant les céphalées épisodiques en maux de tête chroniques.
Variations selon le type de céphalée
Les recherches montrent que le RCPmi peut être impliqué différemment selon le type de céphalée. Une étude portant sur les céphalées de tension chronique a révélé une atrophie (diminution de volume) du muscle RCPmi associée à des points gâchettes actifs dans la région sous-occipitale.
Cette découverte suggère que certaines céphalées de tension pourraient résulter d’une faiblesse musculaire et d’une dysfonction, plutôt que d’une hypertrophie. Dans ce cas, le muscle affaibli ne peut plus remplir correctement son rôle de stabilisation, créant une tension compensatoire dans les tissus environnants.
En revanche, l’hypertrophie du RCPmi observée dans l’étude de Yuan semble caractériser d’autres formes de céphalées chroniques, possiblement les céphalées cervicogéniques ou certaines formes mixtes. Ces variations soulignent que les problèmes cervicaux peuvent causer des maux de tête par différents mécanismes pathologiques, tous impliquant le RCPmi mais affectant ce muscle de manières distinctes.
Facteurs aggravants d’origine cervicale
Plusieurs facteurs liés au cou et à la posture peuvent aggraver l’hypertrophie du RCPmi et intensifier les maux de tête. La posture antérieure de la tête (NDLR : raideur cervicale, text neck, perte de la lordose cervicale), caractérisée par une projection de la tête vers l’avant, est très répandue à l’ère numérique. Elle augmente considérablement la charge sur les muscles sous-occipitaux, dont le RCPmi, forçant ces muscles à travailler en permanence pour maintenir la tête en équilibre.
Le stress émotionnel se traduit souvent par des tensions dans la nuque et les épaules. Cette contraction musculaire chronique affecte particulièrement les muscles sous-occipitaux, contribuant à leur hypertrophie progressive.
Les traumatismes cervicaux comme un coup du lapin ou une chute peuvent endommager les structures de la jonction cranio-cervicale, perturbant l’équilibre musculaire et favorisant le développement de l’hypertrophie du RCPmi. Une faiblesse des muscles cervicaux profonds ou une suractivation de muscles superficiels peuvent créer des schémas de compensation impliquant le RCPmi, conduisant à son hypertrophie.
Implications thérapeutiques pour les maux de tête et céphalées : traiter la cause cervicale
Comprendre que les maux de tête chroniques peuvent avoir une origine cervicale ouvre des perspectives thérapeutiques importantes. Plutôt que de traiter uniquement les symptômes avec des médicaments antalgiques, il devient possible d’agir directement sur la cause du problème.
Certaines études ont montré qu’une thérapie manipulative impliquant la rétraction de la tête entraînait une diminution de la fréquence des céphalées cervicogéniques. Ces techniques visent à rétablir l’équilibre biomécanique de la jonction cranio-cervicale et à réduire la tension exercée par le RCPmi sur la dure-mère.
Les thérapies manuelles ciblant spécifiquement la région sous-occipitale peuvent aider à relâcher la tension musculaire excessive, améliorer la mobilité des tissus et réduire la traction sur le pont myodural. Ces approches incluent les techniques chiropratiques et rééducation de la lordose cervicale.
La rééducation posturale représente une composante essentielle du traitement. En corrigeant la posture antérieure de la tête et en renforçant les muscles cervicaux profonds, il est possible de réduire la surcharge chronique du RCPmi et de prévenir son hypertrophie progressive.
Des exercices spécifiques de renforcement peuvent rééquilibrer les muscles cervicaux, tandis que des techniques de relâchement myofascial peuvent libérer les tensions accumulées dans les tissus profonds de la nuque.
Conclusion : une approche innovante dans la compréhension des maux de tête
Cette étude démontre que le muscle rectus capitis posterior minor joue un rôle causal dans les céphalées chroniques. L’hypertrophie significative de ce muscle chez les patients souffrant de maux de tête révèle un mécanisme physiopathologique clair : les problèmes au niveau cervical peuvent directement provoquer des céphalées par plusieurs voies interconnectées.
La transmission de tension mécanique à la dure-mère via le pont myodural, la perturbation de la circulation du liquide céphalorachidien et la stimulation des récepteurs de la douleur constituent trois mécanismes causaux par lesquels l’hypertrophie du RCPmi génère des maux de tête. Ces mécanismes se renforcent mutuellement, expliquant pourquoi les céphalées d’origine cervicale peuvent devenir si invalidantes et persistantes.
Cette compréhension de l’origine cervicale des maux de tête transforme l’approche thérapeutique. Au lieu de considérer les céphalées comme un problème isolé nécessitant uniquement un traitement symptomatique, il devient essentiel d’évaluer et de traiter les structures cervicales, particulièrement le RCPmi et le complexe du pont myodural.
Pour les millions de personnes souffrant de maux de tête chroniques, ces découvertes offrent un espoir concret. En identifiant la source cervicale de leurs douleurs et en appliquant des traitements ciblés sur cette région, il devient possible non seulement de soulager les symptômes, mais aussi de s’attaquer à la cause profonde du problème.
L’avenir de la prise en charge des céphalées chroniques passe par une approche intégrative combinant l’évaluation de la jonction cranio-cervicale, le traitement manuel des structures sous-occipitales, la rééducation posturale et la gestion des facteurs aggravants. Cette vision holistique, centrée sur l’origine cervicale des maux de tête, représente une avancée majeure pour améliorer la qualité de vie des personnes souffrant de céphalées chroniques.
Quelle solution dans notre cabinet pour les maux de tête et céphalées ?
Comme je l’ai déjà expliqué plusieurs fois, dans le cabinet nous mettons un protocole de soins comprenant les soins chiropratiques pour enlever les blocages et irritations nerveuses au niveau cervical, combinés à de la neuromodulation (tel que stimulation du nerf vague et des nerfs périphériques), de la rééducation posturale pour rétablir la courbure cervicale, mais aussi de la rééducation vestibulaire (le système vestibulaire étant souvent impliqué dans les migraines et migraines vestibulaire), de la photobiomodulation et dans les cas les plus sévères de l’oxygénation hyperbare. C’est en fait cette combinaison des soins chiropratiques et de la neurologie fonctionnelle qui peut être efficace pour aider les personnes souffrant de problèmes chroniques.
Références :
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Yuan XY, Yu SB, Liu C, Xu Q, Zheng N, Zhang JF, Chi YY, Wang XG, Lin XT, Sui HJ. Correlation between chronic headaches and the rectus capitis posterior minor muscle: A comparative analysis of cross-sectional trail. Cephalalgia. 2017 Oct;37(11):1051-1056.